Le réseau MELACHONAT

Fort de son expertise, l’Institut Curie a été chargé par l’Institut national du cancer (INCa) de coordonner le réseau national sur le mélanome choroïdien. Les mélanomes choroïdiens représentent environ 80% des mélanomes de l'uvée. Avec 500 à 600 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France, et bien que ce soit la tumeur maligne de l’œil la plus fréquente, ce cancer reste relativement rare. La mise en place d’une organisation adaptée permet de garantir aux patients atteints de ce cancer une prise en charge adaptée et de qualité, partout en France. C’est l’objectif du réseau Melachonat, soutenu par Malakoff Médéric, qui regroupe 8 centres hospitaliers en France.

Entretien avec le Dr Laurence Desjardins, chef du service d’ophtalmologie de l’Institut Curie, qui coordonne le réseau Melachonat

Laurence DesjardinsQue peuvent attendre les patients du réseau Melachonat que vous coordonnez?
L’objectif de ce réseau est d’assurer à tous les patients atteints de mélanome de l’œil, où qu’ils se trouvent en France, une prise en charge optimum. La protonthérapie, forme ultra-précise de radiothérapie, est en effet largement préconisée dans le traitement de ce cancer car elle permet de conserver le globe oculaire et de préserver la vue dans 90 % des cas. Nous sommes en train de former les ophtalmologistes du réseau à la pose des clips de repérage, préalable indispensable à ce traitement.
Cette formation limitera notablement les déplacements des patients, d’où un meilleur confort pour eux et une réduction des coûts. Les patients devront toujours se rendre dans l’un des deux seuls centres en France à proposer la protonthérapie, le Centre Antoine Lacassage à Nice (Alpes-Maritimes) et l’Institut Curie sur son site d’Orsay (Essonne). En revanche, les autres consultations et la surveillance seront assurées par l’un des 8 centres du réseau.

Quels sont les autres missions du réseau Melachonat?
Ce groupe d’experts doit établir une base de données, des référentiels et des protocoles communs à tous les centres. Chaque semaine, une web conférence réunit les spécialistes, ophtalmologistes, radiologistes, oncologues médicaux, radiothérapeutes, chirurgiens des différents centres impliqués. Au cours de ce "staff" virtuel, nos homologues nous sollicitent sur certains dossiers et nous discutons ensemble afin de prendre la décision thérapeutique la mieux adaptée à chaque patient. Si nécessaire, les centres peuvent envoyer le prélèvement tumoral dans l’un des centres homologués pour son analyse, à Paris, Nice et Lyon (Rhône).
Les patients sont donc assurés de bénéficier d’une prise en charge adaptée, quel que soit l’endroit où ils sont soignés.

En tant que centre coordinateur, l’Institut Curie coordonne la recherche. Que peut-on attendre pour les années à venir?
Nos efforts se concentrent sur la mise au point de prises en charge spécifiques à chaque malade selon le stade de sa maladie. A ce jour, en dehors de la chirurgie et de la protonthérapie, il n’y a pas encore de traitement dit de référence et des patients se voient souvent proposer des protocoles élaborés pour les mélanomes de la peau. Or celui de l’œil est différent.
L’Institut Curie dispose aussi d’un programme de recherche dédié à cette pathologie rare. L’une des voies d’exploration porte sur l’identification des patients présentant un risque de développer des métastases. Deux marqueurs sont à l’étude : les profils génétiques individuels des tumeurs et l’ADN tumoral circulant recherché à partir d’une simple prise de sang. Chercheurs et médecins se sont également fixé comme objectif de mieux connaître la maladie pour découvrir de thérapies ciblées.